avr
30
2010
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Les Bergers du Désert

p1020603p1020598Au delà de Sainchand, la piste s’éloigne de la voie ferrée. Pour pas perdre le fil, on roule sur la nouvelle piste en construction, bien plus avancée que dans l’autre direction, vers Ulan-Baator. C’est pour nous l’occasion de retrouver les Bergers Mongols sous leurs yourtes une dernière fois avant la Chine. Par contre, pour les trouver, faut parfois aiguiser son regard: si là bas y’a un troupeau, c’est que le berger n’est pas loin, et son campement non plus.

Étrangement certains troupeaux sont fournis et paraissent pas mal nourris. C’est la période des naissances, ce qui représente des journées de travail de l’aube à la nuit tombée (on nous enfermera un soir dans la yourte, à l’abri du chien agressif, en attendant que le travail soit fini). Chevreaux et agneaux fraichement nés ont parfois le privilège d’y dormir. Mais faut surtout les faire retrouver les bons pis chaque soir et chaque matin. Un autre soir, une yourte d’apparence “isolée” nous sauve du vent trop froid… avant de se mettre à se remplir, à en craquer (on y a dormi à 14!!). Sans compter les moutons à dépecer.

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p1020586La méthode est simple: choisir le mouton le plus gras du lot, l’attraper, le mettre sur le dos. On lui ouvre proprement la peau du bidon (il semble ne rien sentir), on y enfile la main jusque dans son dos pour sectionner du doigt l’artère dorsale. Et tranquillement sans effusion de sang (hémorragie interne), le mouton s’en va, presque sans s’en rendre compte. Après on le transporte à l’intérieur. Pas besoin de planche à découper: tout se fait sur la peau elle-même, qu’on détache au poing, sans couteau. On hallucine de la propreté avec laquelle ils opèrent. On sort ensuite la poche à viscère, même pas perçée, confiée aux femmes qui en font direct le tri, le lavage, le remplissage des boyaux, la cuisson, et la dégustation. On a aussi eu le droit à un bout de foie cru, “à la Ghenggis”. Le sang est récupéré au bol dans la carcasse, puis tout est découpé et mit à sécher dans un coin de la yourte.

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Voilà: d’un bout à l’autre du pays, les Mongols ont ces même gestes du quotidien, et cette même façon de vivre. Y’à pas à dire: ce sont les Maîtres Éleveurs-Bouchers-Viandards du monde entier. Dans ces steppes et ces déserts, les animaux leur donnent la vie.

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Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie, Non classé, Trucs de saison | Mots-clefs :, , , , , ,
avr
29
2010
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Panne fatale

Pour pas y passer aussi vite que le vent, on pouvait bien compter sur nos vélos. Le journée est ponctuée de crevaisons et de demi-tours. Le dernier a pour cause le porte bagage d’Iléonord qui casse pour la 4 ou 5ème fois du voyage. Faut dire que ça secoue. Heureusement, les Mongols sont toujours de bonne volonté pour filer des coups de mains. La réparation se fait rapidement, avec en prime une invitation à rester pour la nuit. Tof décide d’assurer ses boulons. Sauf qu’à trop les resserrer, celui de l’axe arrière casse, avec un bout d’axe coincé à l’intérieur… LA pièce unique, celle qui porte les accroches de la remorque. Impossible d’en trouver une 2ème pareille. Bon, y’a plus qu’une solution à trouver.

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nos sauveurs

nos sauveurs

Un soudeur, avec si possible un poste à soudure (ou le contraire, mais faut la paire!) Après avoir vu tous les voisins défiler devant la pièce et notre problème, un premier soudeur tente le coup. Mais il n’avait pas de poste. Au gaz, dans sa piaule, avec des bouts de carton. Ça n’a pas marché. Le 2ème soudeur (avec poste) du village n’était pas là. On a finalement déniché notre homme, qui a dû ôter le bout d’axe du boulon, couper l’axe en 2 pour y souder le bout récupéré. Oufff! On se voyait vraiment pas prendre le train…

En attendant que ça se fasse, on fait connaissance. Comme le chômage et l’alcool semblent bien répandus (ici on picole la vodka à grands verres sans aucun esprit), on fait l’animation accessoire pour toute l’équipe.

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Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie, Velo | Mots-clefs :, , , ,
avr
29
2010
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Sur les pistes de Gobi

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"merde! c'est pas indiqué sur la carte!!"

On nous avait prédit de la neige…mais sur la piste ne survivent que des cailloux, parfois réduits à l’état de mini gravillons sableux. Le soleil chauffe comme pour un vrai printemps. Le vent clément fige encore nos chairs quand on s’arrête trop longtemps. On a fait 6km sur la route aux abords jonchés de plastiques avant d’êtres déviés sur la piste… enfin, sur LES pistes. C’est d’ailleurs ça le truc génial: on peut naviguer de bâbord à tribord ou même tracer un itinéraire encore jamais parcouru, et pédaler au gré des endroits pas trop ensablés. Grandeur Terrestre. Ça fait du bien de sentir sous ses pieds la terre libérée de sa couche de neige et de glace.

On nous prédit aussi toujours des étendues sans personne. Mais même en plein désert il y a toujours des gens. Jusqu’à Sainchand (220km après l’asphalte), la piste longe la voie ferrée sur laquelle s’égrènent les petites stations aux maisons toutes identiques, où nous trouvons de l’eau et parfois un squat pour la nuit. Les quelques mines de charbon font jaillir 2-3 villes. Quant aux rares touffes d’herbe, elles suffisent à nourrir de grands troupeaux.

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Gobi ensablé

Cela dit, même si la dimension que la piste donne à l’aventure est grandiose, faut y mettre un bon paquet d’énergie pour avancer. Hormis les crevaisons régulières à causes de micro-épines, le vent fait sa loi. D’un instant à l’autre c’est la tempête de sable, le cagnard qui cogne, le froid saisissant ou bien tout à la fois. Le temps d’une pause casse-croute un jour le vent se lève, très sérieusement. A l’Ouest l’horizon se brouille, devant la vue se rétrécie. On tombe à temps sur la station n°33, où on nous loge dans un des appartements vides. Le vieux d’à côté nous invite à cuisiner chez lui, et comme on sortait pas de viande de nos sacs plastiques, il nous apporte un bout de viande sèche. Le vieux l’effrite dans ma main. “Stop! Une cuillerée, ça suffit! Ghenggis emportait ça lors de ses conquêtes: ça se perd pas, c’est léger et ultra-nutritif”. Le lendemain le vent est tombé, mais a rendu la piste ondulée comme des tôles. Crevant. De quoi y perdre tous ses boulons. Mais à trop les resserrer, on risque presque pire… (cf la suite)

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Gobi ensablant

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avr
29
2010
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Bottes Mongoles

p1020512 p1020511Voilà le genre de bottes que fabriquent les Mongols. Mais pourquoi sont-elles toujours recourbées?? La réponse n’est pas utilitaire: c’est pour ne pas blesser la Terre.

On a donc mit les voiles pour la Chine. Le vent nous pousse Tellement qu’on a même du mal à s’arrêter (sans l’aide de nos freins usés). On retrouve la steppe qui a reprit une couche de blanc sur la tronche. Le soleil rend parfois l’étendue de neige si éblouissante qu’on lui soupçonnerait presque des profondeurs. Sur de nombreux kilomètres, on oublie que les hommes sont partout sur cette terre. Les rares villages que l’on dépasse ne propose pas de café de bord de route. Ici, la route est faite pour filer. On fait donc notre pause thé dans une baraque où un vieux (dont les bottes sont faites en cuir de Loup) découpe du feutre épais pour en faire une selle à Chameau.

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Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie |
avr
29
2010
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A notre santé, made in Corée

charbon végétal contre abcès dentaire

charbon végétal contre abcès dentaire

Notre arrivée à Ulan-Baator n’est pas bien héroïque: Marilia est aphone et Christophe voit sa mandibule gonfler de jours en jours pour cause d’abcès dentaire. Fallait se refaire une santé. Pour ça, il n’y avait pas de meilleur moyen que de passer 10 jours chez Mr Kang (coisé a Khovsgol, en 3min, ce qui suffisait bien pour qu’il nous donne son adresse et nous invite chez lui!!) et SonHee, fraîchement arrivés de Corée.

Dans leur appartement, c’est la cuisine qui nous impressionne le plus:le balcon est comblé de produits secs importés de Corée (leur séjour doit durer quelques années, et les stocks sont à la mesure), 3 frigos dont un SPECIALEMENT réservé au fameux Kimtchi dont ils ne peuvent se passer (même après un repas à la française préparé par nos soins, ils n’ont pas résisté à sortir leur chou trempé dans du piment!). SonHee passe 70% de son temps dans la cuisine, et les plats qu’elle en sort sont grave délicieux. riz, pates-de-riz (qu’on lave a la main comme on lave des vêtements), viande-végétale, oeufs, algues, légumes, fruits, sauces-de-noisettes,… Après le régime viande-lait-farine Mongol, c’est pour nos corps une véritable renaissance. D’ailleurs en tant qu’adventistes, le 1er des 8 principes de bonne santé prescrits consiste à se nourrir correctement. En plus de ses bons repas, SonHee nous soigne à coups d’huiles essentielles et de charbon végétal.

self-control recommandé

self-control recommandé

La visite à Ulan-Baator du masseur de plusieurs équipes sportives Coréennes est pour nous une bénédiction: à entendre notre histoire, il accepte de nous offrir un massage des pieds. Rien qu’à les regarder, il sait déjà ce qui ne va pas. A les toucher il réveille le corps tout entier. Ca douille terrible!! Il nous décline ses observations (le dos, la gorge… les poumons de Tof, l’estomac, les yeux, les oreilles de Marilia, et j’en passe!) “Aimez vos pieds! Ce sont eux qui portent votre poids toute la journée et vos déséquilibres.”

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SonHee et Hashik regardent leurs enfants partir à l'école

Le soir on s’offre mutuellement des cours d’histoire. On a rit des Coréens si “civilisés” qui préfèraient les livres aux sabres, la paix à la guerre, qui s’habillaient de longs tissus blancs+barbe+chapeau si bien qu’il ne dépassaient que les yeux, et que quand ces yeux voyaient la grasse nudité des sumos Japonais, le zèle guerrier des Samouraïs, ou encore la boucherie Mongole si facile, ils s’en trouvaient choqués, et préféraient ignorer ces barbares-animaux. Voilà: le Coréen type ne fait pas la guerre, il ne cesse de se défendre, il est cultivé, lettré, artiste, calligraphe, marche avec honneur et droiture (martial), et respecte Aînés et Ancêtres plus que tout. Bref, le Coréen est spirituel (y’a qu’à voir leur drapeau: blanc, avec un yin-yang au milieu entouré des trigrammes de la Terre, du Ciel, de l’Eau et du Feu). Et puis il y a eu la guerre, les Ricains qu’ont “sauvé” la Corée du Sud de la manne soviétique. Mr Kang le pasteur nous dit: “God bless Korea. Without the USA, we never could know Jesus Christ”. Pas étonnant qu’ils soient tous devenus chrétiens, pasteurs, fervents croyants de “Jesus notre sauveur”.
Une fois remis sur pieds, les visas Chinois en poche, on se prépare à repartir. Là encore nos amis prennent soin de nous comme de leurs enfants: SonHee nous offre notre première leçon de chinois (saviez-vous que les jours de la semaine se disent 1,2,3,4,5,6,Ciel! Comme à la marelle!) et Hashik des bandeaux pour affronter les vents de poussière de Gobi le Désert…
Le départ prend des allures cérémonielles. Bouleversés par notre aventure, ils nous avouent, pleins d’émotions, avoir vécu une rencontre incroyable dont ils se rappelleront longtemps. Depuis quelques jours Mr Kang prend son vélo pour aller au boulot, et propose à SonHee: “Dis, tu m’accompagnerais pour un challenge de ce genre?” Et puis nous on a reçu d’eux le meilleur: notre propre bonne santé.

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avr
01
2010
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Du cote de Ghenggis…

p1020485Et Ghenggis Khan, dans tout ça? Que les Mongols ne s’inquiètent pas: on le voit et on en entend parler partout dans ce pays, et bien au-delà. A croire qu’après avoir été interdit par le régime de l’URSS, c’est la renaissance. Les Mongols en sont fiers, tellement qu’ils se disent presque tous appartenir au Clan du Grand Khan, ou du moins faire partie de ses descendants directs. Ce qui-indirectement-ne doit pas être si faux, vu le peu de Mongols qui restèrent après le déclin du grand empire créé par Ghenggis, il n’y a pas si longtemps que ça (vers 1200).

p1020487N’empêche, est-ce qu’on a un ancêtre national de la sorte, nous, en Europe, en France, ou même en Bretagne?? Pas évident. En l’honneur de leur géniteur préféré, les Mongols d’aujourd’hui ont érigé une statue de 40m de haut, en plein “désert”. Jean-Paul et Mariette Dumont nous y ont mené, histoire de voir… L’attraction de l’affaire, c’est qu’on peut monter à l’intérieur, et littéralement sortir par ses c… (la citation ne vient pas de nous…) pour se promener sur l’encolure de son cheval.

Il faut dire qu’à l’époque, Ghenggis a su unifier tous les Mongols, alors éparpillés en bandes menées par leurs Khan. Puis ils sont partis à la conquête du monde, emportant avec eux leurs yourtes montées sur des charriots. Mais pour quelle raison cherchaient-ils à aller si loin, à l’assaut des grands royaumes, jusqu’à atteindre les portes de l’Europe? Un article dans un magazine culturel mongol apporte la théorie suivante:

p1020484Ghenggis Khan était “tengriste”. Tengere, en Mongol, c’est le Ciel, la ou vit le plus grand des Dieu principe masculin. Ulgen, c’est la Terre, principe féminin. Le “tengrisme” est la cosmovision des peuples Nomades (qui n’a jamais été écrite), dont le Grand Khan était le plus important représentant. D’ailleurs des légendes, et le respect qu’on lui portait, lui attribuent une origine divine, comme certains le font avec Jesus Christ. Ghenggis Khan serait donc allé “évangéliser” le monde à sa manière. Dans cet article, on peut lire des extraits de textes échangés entre Khubilaï Khan et certains chefs religieux Italiens et Français. Le Mongol insiste que si ses interlocuteurs reconnaissent l’autorité Divine, alors ils accepteront sur leurs terres son représentant direct, Ghenggis Khan et son peuple.Sinon, ils sont dans l’erreur, et rien de tel qu’une bonne invasion pour redresser tout ça.

Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie |
avr
01
2010
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Pique-nique “au sommet”

L’anecdote vaut le coup d’être racontée car elle nous offre une rencontre bien sympathique… On avait une carte de crédit à récupérer à l’ambassade de France. C’est l’occasion de rencontrer Mr l’Ambassadeur, intéressé par notre aventure. Jean-Paul Dumont (entre autre Breton), fini par nous proposer de l’accompagner dimanche en pique-nique avec sa femme.

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départ de l'ambassade, avec Isabelle et son fils Dalai "Ocean"

La 1ère fois qu’ils ont connu la p1020480Mongolie, c’était il y a presque 40 ans. A l’époque la ville ne comptait que 300 000 habitants et la Mongolie faisait office de base et de front militaire entre les Russes et les Chinois. Les Russes ont fini par l’emporter et le pays est devenu la 1ere “colonie” satellite de l’URSS. “On aurait pu avoir un poste en Martinique, mais l’exotisme à l’européenne ça nous branchait pas trop. On préfère les pays où on peut vivre des aventures intéressantes”.

Comme partir en pique-nique, par exemple, et grimper sur les hauteurs histoire de voir de haut le paysage… p1020479

Merci pour la petite bouteille de rouge, fort appréciée ma foi…

Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie |
avr
01
2010
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Ulan-Baator, LA ville Mongole

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La "Notre-Dame" d'Oulan-baator, avec ses passants et ses pigeons bien nourris

La "Notre-Dame" d'Oulan-baator, avec ses passants et ses pigeons bien nourris

2 comme ça, en Mongolie, y’en a pas. Les Chinois diraient que ça ressemble plutôt à un petit village. Pour nous elle ressemble surtout à une illusion étrange. On se demande ce qu’elle fout là, dans ce décor que nous parcourons depuis 3 semaines, fait d’immensité libres, aérées, de montagnes enneigées, avec rien que le vent, le ciel, et temps en temps un camp de yourtes ou un petit village qui n’ose pas trop s’élever en hauteur par peur de s’envoler.

A Oulan-baator les bâtiments neufs et vitrés se mélangent à ceux de l’époque soviétique, à d’autres de style colonial, aux temples bouddhistes d’architecture “chinoise”, aux yourtes et aux cabanons de chantier. Des vieux portent sur leur dos des sacs de plastique ou de charbon énormes. Des minettes, des minots, des femmes actives seules au volant de leur 4×4, des micro-bus qui crient plus que jamais leur destination.  On aura jamais vu une capitale avec si peu de feux rouge. Niveau circulation, c’est le bordel total, et pour traverser les rues, faut vraiment croire en sa bonne étoile! La particularité de la ville reste tout de même ses 600 000 yourtes qui rendent l’air invivable pendant l’hiver. On nous a dit que certaines semaines de grand froid la fumée est telle qu’on n’y voit rien à 30 mètres. Chauffées au plastique ou au mauvais charbon, l’effet “yourte” à Oulan-baator est loin de signifier “nature”…

p1020472A Oulan-Baator, pour la première fois dans le voyage, on ressent clairement la proximité de la Chine, du Japon et de la Corée… bref, de ce monde d’extrême Orient dont nos roues se rapprochent. Faut dire aussi qu’à Oulan-baator, nous sommes logés chez Mr Kang et sa petite famille Coréenne.

Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie, Non classé | Mots-clefs :, ,
avr
01
2010
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Les chèvres de Mongolie

Cet hiver en Mongolie, certains parlent de grande catastrophe: la neige particulièrement abondante fait périr des millions de bêtes, en particulier dans les régions du sud. Des chèvres, surtout. Nos nomades du Nord, qui vivent en forêt et surtout grâce à leurs Yak, n’ont pas semblé souffrir plus que d’habitude de l’hiver. Jimmi nous a même dit: “chez nous, quand il y a une difficulté, on la traverse. Si les bergers ont maintenant des problèmes, c’est de leur propre faute: les jeunes ne veulent plus rester dans la steppe. Ils veulent vivre en ville, mais veulent aussi profiter des produits de leurs parents. Ils viennent aux yourtes pour passer un été agréable, mais ne préparent même pas l’hiver. Personne ne s’embête à faire du foin. Puis quand l’hiver arrive, ils repartent dans les villes et laissent leurs parents se débrouiller tout seuls. Et maintenant, ils viennent demander des aides au gouvernement… mais les conditions climatiques ne sont pas pires qu’avant”.

img_3428Au 29 mars, les informations sont les suivantes: Suite à plusieurs vagues de grand froid combinées à d’importantes chutes de neige, 4,5 millions de têtes de bétail ont succombé, soit 1/10 du cheptel national. 3400 familles, soit environ 13600 personnes ont perdu pour la plupart la totalité de leur troupeau. L’herbe n’est pas encore prête de pousser, et les naissances ont déjà commencé, ce qui signifie que la situation risque d’empirer.

Plus tard on entendra une autre version: avant la Mongolie comptait moins de 30 millions de têtes de bétail tout confondu. Aujourd’hui on compte 40 millions: 10 millions de chèvres sont venus gonfler les troupeaux, en réponse à la demande en cachemire destiné à l’exportation. Les chèvres ont un effet désastreux sur la steppe: elles bouffent tout. img_3429La régénération de l’herbe devient trop faible pour nourrir correctement tous les animaux et pour permettre la fauche de foin en vu de l’hiver. Dans la steppe il n’y a pas de gestion des terres. Les troupeaux broutent ou ils veulent. Imaginez la tondeuse formidable que peuvent représenter 1 million de chèvres! Le voila le problème: l’utilisation qui est fait de la terre.

En tous les cas, des milliers de personnes se réfugient désormais sur les collines nues de la capitale. Sur 2,7 millions d’habitants en Mongolie, la moitié vivent à Ulan-Baator…

Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie, Non classé |
avr
01
2010
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Quand on retourne sur ses pas…

Dans l’idée, faire demi-tour, ça ne nous plait pas trop. Mais là les alternatives sont peu nombreuses et après avoir récupéré nos vélos à Erdenet (la ville à l’immense mine de cuivre…), nous pédalons vers Darkhan, tout heureux de pouvoir faire la surprise à nos amis rencontrés à l’aller.

Nos gaziers de la DDE

Nos gaziers de la DDE

p1020399On tombe sur nos travailleurs de la DDE locale, auprès de l’Ovoo qui marque le passage du col. A 5m du temple gît une vache quasi trépassée. On va la voir, pleins d’émotions: l’hécatombe cet hiver est bien réelle. L’un des gars l’a prise par les cornes, l’autre par la queue, ils l’ont remise sur ses pattes et l’on soutenue pour par qu’elle ne retombe. Ils ont fait alors quelque chose de réellement dingue: le plus jeune a sorti de quelque part sous la neige une bouteille de vodka quasi pleine, sûrement cachée là par leurs soins. Ils ont vidé son contenu dans le gosier de la vache, qui n’a d’ailleurs pas dit non!

p1020405p1020407On est repartis avant de voir le résultat. Le vent nous pousse jusque chez Mogi, qui nous invite cette fois à une grande bouffe collective avec photo svp.

Le lendemain malgré un vent contraire et une tempête de neige, on atteint Darkhan, à bout. Depuis la 1ere fois,  la convivialité à encore augmenté. Neidia paye le repas chez les voisins pour tous les autres voisins. La jeune fille de la maison chante (avec son costume adéquat) puis danse (avec l’autre costume) pour nous. On se marre. Toute la journée on honorera les visiteurs à coup de vodka et de pipe traditionnelle (qui ressemble à un calumet) partagée.

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Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie |
avr
01
2010
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Quitter un monde d’Humanité.

p1020315La neige vient de tomber. Dans notre bout de monde tellement ailleurs, on se demande si quelqu’un, qui plus est en voiture, peut vraiment y parvenir pour nous emmener vers un monde un peu plus “moderne” qu’on a déjà oublié.

Comme Chimbator et Bulganchideg, les 2 jeunes petits-enfants, on appartient déjà à cet ailleurs protégé… Libres de la course effrénée du progrès moderne… Libres de marcher à un rythme qu’aucune horloge ne dicte, ni aucun planning ou agenda décalé. Hors du souci de l’argent. Rien qu’avec les lois de la Nature, et des valeurs à suivre qui font de nous des êtres Humains.

img_3432La voiture est arrivée. C’est Jimmi qui la conduit. Un gars plein d’enthousiasme. On a embarqué les 2 mômes attristés, on les a propulsé vers une réalité (l’école, l’internat, le village), qu’ils aimeraient effacer. Ils ne voulaient pas quitter leur famille, leur troupeau, leur belle vie de liberté.

Jimmi traduit nos au-revoir à notre famille d’accueil. Leurs visages sont plein de sourire et d’affection. On semble les avoir marqué. Ils nous invitent à revenir. Nous avons partagé, sans paroles, leurs valeurs d’Humanité: entraide, écoute, bonnes volontés, simplicité, etc… pour cela nous sommes devenu des frères, des frères Humains. C’est aujourd’hui, en quelques minutes, qu’on prend conscience des liens tissés, en silence. Après qu’on ai embarqué, la grand-mère a lancé au ciel le lait blanc (et donc sacré) de la bonne fortune…

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Jimmi nous parle de sa terre, de sa famille: “Il y a 10 ans, quand le 1er touriste est arrivé, personne ne parlait anglais, tout le monde était berger-pêcheur-éleveur, et personne ne parlait anglais. On a d’abord prit pour un espion Etazunien! Le 1er à parler anglais dans la région a été mon frère. Depuis tout le monde envoyait les étranger chez nous.

les voisins au grand sourire (toujours), avec les moutons

les voisins au grand sourire (toujours), avec les moutons

Renards en attente d'être tannés.

Renards en attente d'être tannés.

Mon père est mort il y a 1 an. Il nous a enseigné ce qu’est l’Humanité, et pourquoi les Hommes ont un coeur. il nous a donné les valeurs qui font de nous des êtres Humains. Aujourd’hui dans les villes il n’y a plus de vrais Humains. Il faut aller dans les campagnes pour les trouver. Ici on connait la réelle liberté: ici on peut encore vivre sans argent. Pour ça il faut  connaitre son monde, la nature d’ici, et vivre selon ses lois. Mon père connaissait parfaitement sa Terre. Il la respectait. Il était un vrai bon chasseur, géologue de surcroit. Il nous a raconté toutes les légendes qu’il connaissait, celles de chaque montagne, chaque ruisseau, chaque plante ou animal. Maintenant on peut à notre tour les raconter aux touristes intéressés. Tu sais, mon père, je l’aime. Il me manque, tu comprends….”

Liberté, Humanité, ces 2 mots riment, ne vont pas l’un sans l’autre. A chacun, après, de définir les valeurs que ces 2 mots comprennent…

sur la piste du retour

sur la piste du retour

Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie | Mots-clefs :, , , , ,
avr
01
2010
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Comment le Renne a trouvé ses bois…

Petite histoire de Cornu…

img_3371Mais d’abord il faut préciser qu’autour du lac de Khovsgol il n’y a pas que de la forêt. Certains endroits retirés et haut perchés ressemblent plutôt à la Toundra. D’autres à de la steppe rase et sèche. C’est pourquoi non loin les uns des autres vivent des Rennes (utilisés par le peuple Tsaatsan) et des Chameaux. La beauté de la ramure des Rennes est fameuse, mais d’où tient-il de si beaux bois???

Il y a très longtemps, le Renne allait nu-tête… Le Chameau, lui, était très respecté de tous les animaux de la forêt car il portait des bois magnifiques. Un jour le Renne décide de rendre visite à sa belle. Après plusieurs tentatives infructueuses, c’est désormais sa dernière chance pour la séduire. Le Renne s’en va trouver le Chameau. “Chameau, je dois retrouver ma fiancée, mais je ne peux pas y aller si peu paré… Il faut que je l’impressionne une bonne fois pour toutes! Si tu me prête tes bois, j’aurais bien plus de chance de lui plaire… Promis je te les rend juste après!”

Le Chameau est bien brave. Il retire ses bois et les pose sur le front du Renne. “Va donc retrouver ta belle! Ainsi paré, elle ne pourra te résister”. Et le Renne tout content s’en retourne en galopant jusqu’à son rendez-vous.

Que lui est-il arrivé par la suite, on se le demande toujours, car il n’est jamais revenu. Depuis ce jour, lorsque le Chameau s’en va boire au lac, il voit son reflet sans ses bois, et se rappelle alors du Renne qui doit toujours les lui rendre. C’est pourquoi il tend alors son cou et regarde de tous côtés au cas où le Renne passerait par là. C’est peut-être aussi pour cela que le Chameau évite d’aller boire au lac trop souvent…

Petite histoire de la région du Khovsgol, racontée par Jimmi, qui la tient de son père.

Ecrit par Asso Kernunos in: Ecoles, Mongolie |
mar
31
2010
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La foret aux Pieds d’Elephants.

img_3382Pur Meleze. On s’attendait presque pas a trouver la de la foret si preservee. A 5m des yourtes, l’ambiance est celle qu’on a pu ressentir a Bialowieza, et l’immensite naturelle qui nous entoure comparable a celle rencontree dans les Komis. Notre emotion est grande a retrouver ces arbres aux pieds d’elephant dont les aiguilles orangees recouvrent chaque surface que la neige n’a pas conquise. Il fait doux (-5), du soleil nous parvient un peu de chaleur… ca sent le printemps. On a du mal a croire qu’on ait survecu a l’hiver Siberien. Alors on se pose un instant au pied d’un Meleze centenaire, et on realise O combien ces endroits sont rares et retires, qu’il nous faut a chaque fois traverser des deserts, des forets coupees, des campagnes souillees, des villes parasites, des pans entiers de Terre “civilisee” pour atteindre ces sanctuaires d’harmonie dont l’energie nous donne tant d’espoirs, et nous porte a continuer.

Meleze, arbre du feu, tout adapte aux grands froids… Les jeunes pousses ressemblent a des flammes. Les epines orangees sont douces et pleines de chaleur. L’ecorce epaisse isole du froid, mais aussi des incendies. Parait-il que le Meleze est le seul a pousser la parce que sous ses racines c’est le permafrost, et que lui seul sait comment y pousser. En cherchant bien on a tout de meme reussi a trouver quelques bouleaux et quelques saules, la ou les sources jaillissent et creent de petits ruisseaux (arbres d’eau, nous dira la grand-mere).

p1020310Nous on se dit: “Le voila l’equilibre entre les Humains et la foret”. Les troupeaux n’ont pas de barrieres mais leur nombre semble suffisemment reduit compare a l’immensite forestiere, qu’ils ne menacent pas encore sa regeneration. Les gens y vivent simplement, de maniere episodique, sans routes ni voitures, avec juste de temps en temps une moto ou une tronco, quand elles veulent bien fonctionner.

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Mais d’autres facteurs semblent menacer la foret mongole d’aujourd’hui (selon Jimmi). Plus que la construction de yourtes qui s’exportent en Europe, le braconnage et les incendies creent de gros degats sur la faune et la flore des forets de Meleze. Certains riches paient tres cher pour parcourir ces montagnes et tirer quelques animaux. D’autres, plutot pauves,sans consideration des saisons de reproduction ou de naissance, chassent tout animal a fourrure blanche pour les vendre aux Chinois qui raffolent de ce genre de produits, sans compter les bois de cerfs ou de rennes, par exemple, dont on tire une substance medicinale. Depuis quelques annees le nombre d’incendies a tres fortement augmente: les cigarettes modernes ne s’eteignent pas en plein vol comme le faisaient nos anciennes cigarettes (d’ailleurs c’est la pipe que l’on fumait), quant aux allumettes Russes elles ont ete remplacees par des allumettes chinoises de mauvaise qualite qui restent incandescentes apres utilisation.  En tous cas, c’est pas a coup de passe-partout que les forets de Khovsgol disparaitront…

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Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie |
mar
31
2010
0

Transhumance en un jour

Ce matin notre Vieux regarde la couronne de la yourte: “6h. Quand le soleil illuminera la perche de la lampe, il sera temps de demonter”. Apres le ramassage du crottin (c’est peut-etre aussi pour ca que c’est le moment de bouger: une montagne de crottin decongelee, je me demande ce que ca fait de l’avoir sous le nez tout un ete…), on previent qu’on se rend aupres des demenageurs, pour aider. “Kristop oui, mais Marilia, toi, tu restes la. Tu iras a cheval avec la petite emmener le troupeau de chevres. Lui aussi il faut le demenager!”

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img_3506Sans trop trainer on a mene les chevres a 5km de la, de l’autre cote du petit col. Dans une yourte fraichement installee, (toute la famille se reunit dans un meme campement pour la saison d’ete), nous nous rechauffons 5min avant de repartir dare-dare retrouver les demenageurs: une telle occasion, ca ne se loupe pas! On a tellement pousse la marche qu’on les a rejoint alorsqu’ils venaient a peine de se mettre en route.

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img_3516img_35277 charriots rudimentaires style “moyen-age”. Bois integral. Le genre d’objet devenu introuvable dans notre monde occidental, et qui pourraient meme pas servir a des films d’epoque, hormis dans un Monty-piton. Roues de bois, parfois de traviole, et qui grincent pour rythmer l’avancee. Pas de collier, le travois est tout simplement pose entre la bosse et les cornes des 7 yaks de service. 2 d’entre eux sont magnifiques. Des betes tout droit sorties de la prehistoire! Menees par le bout du nez, elles tirent leur chargement… alourdi du chat et d’un chevreau recupere en chemin. Encore une fois, la parabole: unique objet trahissant notre epoque…

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Sans transitions on deballe, on debarrasse le sol des branchages, du crottin et des taches de neige qui resistent avant d’effectuer l’operation inverse: remontage. En une journee tout est fait, le poele de nouveau fume, la viande peut y etre cuite et nourrir les travailleurs du jour. Le lendemain, une belle neivee de printemps tombe sur la steppe… on peut dire que nos Bergers avaient bien choisi leur moment!

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Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie |
mar
31
2010
0

Au rythme des Nez-Perçés.

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img_3480img_3421Au matin on se lève avant le soleil… la 1ère activité de la journée, (avant le thé au lait salé et les restes du repas de la veille), c’est le ramassage du crottin produit dans la nuit, qu’on empile un peu plus loin. Pendant ce temps les femmes traient les Yak qui ont déjà vêler. Tous les matins, notre Grand-mère recoit des mains de la voisine un bol de lait blanc, tiède et frais, comme en remerciement à la Mère dont les richesses nourrissent le peuple… Ensuite les jeunes envoient les troupeaux se ballader. Alors, au campement, on peut passer à autre chose…

p1020329Voila. Chez les Nomades Mongols du coin, on vit encore au rythme des Yaks et des autres troupeaux, et meme, grace a eux. En pleine Nature. En plein air, quoi qu’il arrive. A l’oree d’une foret-sanctuaire. En camps d’ete et puis d’hiver. Leurs visages sourient souvent. Souvent on entend fredonner un air. Le Vieux, des qu’il se leve, marmonne en musique de quoi sereniser toutes les betes qu’il viendrait a approcher. Les jeunes sont toujours prets a servir. Ils le font spontanement. Il se passe plein de choses dans leur journee, mais tout semble fluide, naturel, et pas presse. Nous on est la parfois muets et immobiles a la regarder, intrigues, mais ca ne semble pas non plus les gener. Ils font leurs travaux comme si ce n’etait pas du travail. Ils ont le temps…  

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petite session quotidienne de lutte mongole

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Le Barbaa Mongol est un des sports nationaux. Au debut de la competition, chaque concurrent realise une sorte de danse autour de son entraineur qui clame en son honneur quelques vers... Une grande marmule danser comme un oiseau, la chose est bien etonnante a voir!!!

Le Barbaa Mongol est un des sports nationaux. Au debut de la competition, chaque concurrent realise une sorte de danse autour de son entraineur qui clame en son honneur quelques vers... Une grande marmule danser comme un oiseau, la chose est bien etonnante a voir!!!

“Demain on déménage”. Les Yaks commencent à vêler, les brebis et les juments ne vont pas tarder à faire de même. C’est qu’il est temps de bouger vers le camp d’été. Le Vieux est alle cueillir 3 fourches de bois vert. “C’est pour percer le nez des Yaks!’ On a mit du temps a comprendre: ce sont eux qui vont tirer les charriots pour la 1ere famille en partance. Les autres suivront dans quelques jours. C’est aussi l’occasion de poser quelques piercing a de jeunes yaks qui doivent etre sevres de leurs meres. Pour la petite demonstation de maniement de l’animal, on accompagne le plus jeune fils a la riviere Malchin, toujours gelee, y prelever quelques glacons…  

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Ecrit par Asso Kernunos in: Mongolie, Non classé |

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